31  août
Dimanche 31 aout 2008 – Cap au sud

Publié par WWF, Publié dans Carnet de bord, Photos

Nous changeons d’objectif pour une zone de pêche plus au sud. Le repère est une bouée météorologique immergée sur 1000 mètres de fond. Le site semble propice mais la route est longue. La chance nous sourit : premières baleines de cette campagne. Un aileron émerge pas très loin du bateau puis disparaît. Nous nous dirigeons lentement vers l’endroit quand l’immense tache claire de la baleine apparaît juste sous la surface à quelques mètres. Elle émerge et souffle juste devant l’étrave. Chance.

Les thons ne sont pas loin de là, l’attente commence, de chasse en chasse. Elle sera longue. La canne fuse à 15h10 seulement. A 14h15 le thon est au bloc opératoire. A 15h18 il est relâché et fonce vers le fond comme toujours.

Malheureusement, impossible de dépasser ce score minimal qui devient la règle. Nous en resterons là.

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Image 1 – A plus de 40 km au large et sur 1000 mètres de fond une bouée météorologique offre un abri aux sérioles.

Image 2 – Jean-Yves Terlain passe le relais à Jacques, Julien et Aude pour quelques jours de vacances bien mérités. Pour la première fois WWF columbus laisse son capitaine à quai.

Denis à bord de WWF columbus.

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Pas de captures aujourd’hui, le vent se lève à la mi journée et nous rentrons au port de Rosas avec un bon force 6 beaufort au près bon plein. Quelques images de notre photographe Fred Bassemayousse pour vous faire patienter avant le prochain épisode de notre feuille-thon.

Image 1 – Gueule-thon offert par Julien, chef cuistot et marin à bord de WWF columbus. Il est de tradition de bien manger dans la marine : ventre bien rempli ne pense point à mutinerie…

Image 2 – “Un petit oiseau un petit poisson s’aimaient d’amour tendre, mais comment s’y prendre, quand on est là-haut…“. Juliette Greco.

Image 3 – E-thon-nant !

Image 4 – Puffins.

Denis à bord de WWF columbus

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La question de la migration des thons rouges se pose à différentes échelles. A grande échelle on s’est longtemps demandé si les thons de Méditerranée et ceux pêchés de l’autre côté de l’Atlantique constituaient deux populations distinctes ou si de grandes migrations les reliaient pour n’en faire qu’une seule. L’effondrement des captures côté Etats-Unis corrélé à une surpêche avérée côté Méditerranée, et les analyses génétiques prêchent aujourd’hui pour la seconde solution. On considère qu’il y a deux grandes zones de reproduction, golfe du Mexique côté ouest et Méditerranée côté est, mais que ces deux populations se rejoignent quelque part en Atlantique avec un taux d’hybridation avoisinant 60%. La même question se pose depuis peu de temps à l’échelle de la Méditerranée : est-ce que les thons du large de la Turquie se mélangent avec ceux de la zone de pêche historique des Baléares ? C’est tout l’enjeu de ce programme pluri-annuel de marquage qui débute cette année aux Baléares et qui se poursuivra de façon symétrique au large de la Turquie l’an prochain. Ces questions de migrations ne sont pas que pure réthorique car elles déterminent de façon cruciale la protection et la gestion de cette exceptionnelle ressource méditerranéenne. S’il s’agit de deux populations elles devront être gérées de façon indépendante et non pas globale comme aujourd’hui, et il faudra également protéger tout particulièrement les zones de reproduction de chacune d’entre elle.

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Images : F. Bassemayousse

WWF columbus selon le point de vue du thon rouge.

Denis à bord de WWF columbus

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29  août
Jeudi 28 août 2008 – Un thon record

Publié par WWF, Publié dans Carnet de bord, Photos

Après une journée un thon en dessous hier qui nous a vu rentrer bredouille, c’est un record de taille que nous ramenons aujourd’hui : 105 cm, soit 22 à 23 kg. Le plus gros thon de tous les bateaux engagés dans l’opération. La bataille pour le ramener près du bateau a été un peu plus rude, mais une fois l’animal hissé à bord l’affaire fut menée thon-bour battant en un thon record par Pablo : 3 minutes tout compris ! Malheureusement pas d’autres captures pour la journée…. Une compensation tout de même : nous croiserons trois gros mâles cachalots. Une rencontre somme toute peu étonnante dans ces zones privilégiées et riches que sont les têtes de canyons. Une justification sur le terrain de la nécessité de protéger ces habitats et d’y créer des zones Natura 2000 de haute mer.

Images : F. Bassemayousse.

Au cours de la pêche les oiseaux sont des signaux précieux car ils profitent de la pagaille semée par les thons pour prélever leur dîme sur les petits poissons.

Denis à bord de WWF columbus

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Pas de capture aujourd’hui, ce qui me laisse le temps de revenir sur les balises utilisées pour suivre les migrations des thons.
La question est : comment connaître sa position quand on est sous l’eau, hors de portée des satellites. Les deux systèmes couramment employés pour les animaux terrestres (ou pour ceux qui passent au moins une partie de leur temps en surface), GPS et Argos, sont en l’occurrence inexploitables. Les scientifiques ont trouvé la parade avec une astuce que la navigateur Christophe Colomb n’aurait pas reniée : les balises intègrent un capteur de lumière. Avec la durée du jour, facile de trouver l’heure de midi, et sur notre planète tous les points situés sur une même longitude (les lignes qui vont du nord au sud comme sur un melon) ont la même heure de midi. Pour la latitude l’affaire est plus complexe. Car si la longueur du jour varie avec la latitude (les jours égalent les nuits sous l’équateur, tandis qu’ils sont très longs ou très courts aux pôles) cette variation est importante aux solstices d’hiver et d’été (21 juin, 21 décembre) mais quasiment nulle aux équinoxes (printemps et automne). Il faut alors utiliser la température de l’eau enregistrée par la balise et, en comparant avec celle des cartes satellites, recaler la position de l’animal. On obtient une précision largement suffisante pour décrire les migrations de ces grands voyageurs. Ainsi, même le poisson au fond de la mer n’échappe pas à la malice et à la curiosité du grand inquisiteur Homo sapiens sapiens.
Images : F. Bassemayousse.
Insertion de la balise dans la cavité abdominale du thon.


Une marque est également fixée à l’extérieur de l’animal qui signale la présence de la balise et promet une récompense de 300 euros à qui la retourne.


Denis à bord de WWF columbus

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Départ 7h00. Nous avons à bord une scientifique de l’Institut Océanographique Espagnol et deux pêcheurs amateurs venus en renfort, qui déploient leurs cannes sur l’arrière. Cinq lignes au total. Le lieu de pêche est à trois heures de route. Comme les cétacés, les thons affectionnent les zones de canyons sous-marins qui entaillent le plateau continental et nous nous dirigeons vers celui qui remonte vers le Cap de Creus. La mer, assez agitée le matin, se calme progressivement au cours de la journée, et au début de l’après-midi il est possible de voir les “chasses” de thon agiter la surface. Rendus frénétiques par la présence de petits poissons comme les anchois, les jeunes thons se ruent sur leur proie, sautent et font bouillonner la surface de la mer. Le jeu consiste à traverser ces zones de chasse en espérant que les thons confondent anchois et leurre.

A 15h21 la ligne centrale fuse. Le thon est rapidement amené, hissé à bord et placé sur un berceau de mousse où il est mesuré : 84 cm. Cela correspond à un très jeune thon immature de 12 à 15 kg né au printemps 2007. Positionné sur le dos, un linge mouillé sur les yeux et les branchies inondées par un jet d’eau de mer, il reste tranquille tandis que Pablo Cermeno du MedPO qui pilote cette campagne, pratique une courte incision sur le ventre. On injecte un produit désinfectant puis la balise est insérée dans la cavité abdominale. Pablo referme rapidement la plaie avec deux points chirurgicaux, et à 15h25 le thon est remis à l’eau. Il ne demande pas son reste et fonce vers le fond. Temps total de l’opération : 4 minutes.

Pas d’autre capture pour cette première journée.

Image 1 : Champ opératoire pour thon rouge. F. Bassemayousse

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Image 2 : Chasse de thon rouge. F. Bassemayousse

Denis à bord de WWF columbus

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Traversée éclair à près de 9 nœuds de moyenne du WWF columbus de Marseille à Rosas, au nord de la Catalogne espagnole, où nous allons participer à une opération de marquage du thon rouge. Menée par nos collègues du WWF MedPO grâce à un financement de la Fondation Prince Albert II de Monaco et avec l’appui du WWF columbus, cette campagne vise à mieux comprendre les migrations du thon rouge.

L’objectif est de capturer des thons rouges afin de leur implanter des balises. Sur les plus grands un premier type de balise est fixé sur le dos de l’animal. Ces balises ont été programmées pour se décrocher dans un an au plus tard si d’autres aléas ne les libèrent pas plus tôt. Elles remontent alors en surface et envoient toutes les informations stockées via le système satellitaire Argos.

Des balises plus petites sont utilisées pour les plus petits thons (inférieur à 40 kg) : elles sont insérées dans la cavité abdominale des animaux, stockent des informations sur une très grande période et elles sont récupérées lorsque les animaux sont capturés. Une récompense substantielle est prévue pour motiver les pêcheurs….

A bord du WWF columbus nous profitons de l’après midi pour mettre la dernière main aux systèmes imaginés par l’équipage pour hisser les thons à bord facilement et en toute sécurité tant pour le “chirurgien” que pour les animaux.

Pablo Cermeno du Programme Méditerranéen du WWF (MedPO) nous a rejoint et dirigera les opérations. Nous aurons également l’appui de deux pêcheurs amateurs pour capturer les thons rouges.

Début des opérations demain mardi. Rendez-vous les jours prochains sur le blog de WWF columbus pour plus d’infomations sur cette opération.

Image 1 : balise à insérer dans la cavité abdominale des thons. F. Bassemayousse.

Image 2 : balise à fixer sur le dos. Pablo Cermeno-WWF

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Denis à bord de WWF columbus.

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Bien qu’il ralentisse le bateau et qu’il soit une contrainte supplémentaire lors des manœuvres, le pneumatique est un outil indispensable pour le travail que nous menons sur les baleines de Méditerranée. Sa vitesse et sa maniabilité permettent de s’approcher rapidement des animaux et d’assurer les photos et les biospsies. C’est plus efficace et plus rapide et cela contribue à limiter le temps durant lequel nous dérangeons les baleines.

Merci à Sophie LARAN du Centre de Recherche sur les Cétacés (CRC) qui nous a survolé au bon moment pour nous offrir cette image rare et inédite !

Denis à bord de WWF columbus.

Approche d\'une baleine / Sophie LARAN-CRC

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24  août
Jeudi 21 août 2008 – Les sœurs Houdinis

Publié par WWF, Publié dans Carnet de bord, Photos

La journée de mercredi a été écourtée par la météo qui nous a obligé à faire une escale aux îles de Leirins. Nous avons retrouvé le mouillage qui nous avait déjà accueilli lors de notre mission de mai pour les mêmes raisons.

Ce jeudi a débuté avec une mer encore un peu froissée, mais le calme l’a progressivement repassée et les conditions sont devenues (presque) idéales. Autant dire que nous étions assez sûr de notre coup lorsqu’une, puis deux baleines, ont soufflé non loin du WWF columbus. Nous avons pu les rejoindre et les observer flâner juste sous la surface, tranquilles. Nous avons profité de leur plongée pour embarquer à bord du pneumatique, et l’attente a commencé : 10 minutes, 20 minutes, 30 minutes. Nous les avons cherchées vers le soleil, puis dans la direction opposée à leur route initiale, et au bout d’une heure nous avons bien été obligés d’admettre que nous les avions perdues. Ces deux géantes ont disparu au milieu d’une mer sans vague sous les yeux pourtant attentifs d’un équipage de 9 personnes. Un exploit digne de Houdini, célèbre roi de l’évasion et de la disparition du début du 20° siècle !

Le souffle du rorqual peut s\'entendre à plus d\'un kilomètre / Denis Ody-WWF
Denis à bord de WWF columbus.

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Une journée qui commence un peu laborieusement par un long bord au large sans succès. Toujours rageant quand on a croisé la route de 4 baleines la journée précédente ! Il faut attendre la fin de la matinée pour qu’enfin notre première baleine apparaisse dans les jumelles. Nous embarquons à bord du pneumatique, avec Amandine en pilote expérimenté et Nora en guest star. La mer est calme, la baleine tranquille et les opérations s’enchaînent sans heurt de façon idéale : une bonne série de photo identification pour commencer, une biopsie pour assurer, et une autre série de photos pour compléter la première et suivre le comportement de la baleine. Premier échantillon dans le congélateur !

La journée s’achève avec deux cachalots et le souffle du dernier qui semble vouloir éteindre le ciel incendié par le couchant.

Image : Denis Ody/WWF

Denis à bord de WWF columbus

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