Publié par WWF, Publié dans Carnet de bord, Missions Cap Cétacés, Photos
Au lever du soleil nous sommes dans le canyon qui entaille la talus continental de l’île de beauté au large de la réserve naturelle de Scandola, sur mille mètres de fond. Sophie immerge l’hydrophone et coiffe le casque : sourire ! Les clics caractéristiques du cachalot s’entendent parfaitement. Il y en a même deux dont les rythmes se croisent et s’additionnent.
L’hydrophone est un redoutable détecteur de cachalot qui se trahit par les émissions de son biosonar. Comme tous les cétacés à dents (dauphins, orques, globicéphales, etc.) qui sont des chasseurs, le cachalot est adapté au noir total des grandes profondeurs. Dans ces abysses, la vue est inutile et les odeurs se diffusent bien trop lentement pour être utilisables. En revanche, le son se propage beaucoup plus vite et plus loin que dans l’air. Pour les cétacés l’ouie est un sens primordial car ils vivent dans un monde essentiellement acoustique. Comme la plupart des proies sont silencieuses ils ont trouvé la parade et envoient eux-mêmes des sons qui, comme un sonar, vont se réfléchir sur les obstacles qui les entourent et leur permettent d’élaborer une véritable image sonore de leur environnement (pour les amateurs de comics : Daredevil fait ça aussi…). Les sons sont émis par l’arrière gorge, transmis par l’os de la mâchoire, et focalisés dans le melon (un organe qui agit comme une loupe à sons).
Dès que le cachalot est sous l’eau il émet des clics d’écholocalisation réguliers (écoutez le son sur le blog), s’il rencontre une proie, le rythme s’accélère, on dit qu’il “creak”, puis le rythme se ralentit à nouveau jusqu’à une nouvelle proie. Ainsi, les scientifiques ont pu étudier l’activité de prédation et de nutrition des cachalots uniquement en les écoutant (pour en savoir plus consulter http://www.cetaces.org/index.php?p=pm_acoustique ). Les caractéristiques acoustiques des clics permettent même d’estimer la taille des animaux.
Sophie annonce la fin d’un des clics de cachalot : nous avons 5 minutes pour nous remettre en surveillance sur 360° et envoyer l’équipe sur le pneumatique. Et ça marche ! Le cachalot est ponctuel et souffle à un petit kilomètre du bateau. Il est rapidement rejoint par le pneumatique. Comparé au rorqual le cachalot est un sujet plus facile car il reste en surface immobile durant plusieurs minutes entre deux sondes. En revanche si l’on rate la fenêtre de tir la sanction est sévère : une heure jusqu’à la prochaine ! Ce ne sera pas le cas cette fois-ci, Emilie réalise photo ID et biospsie dans la foulée.
Malgré nos efforts nous n’arriverons pas à localiser le second cachalot et nous poursuivons notre route. Pas de rorqual hélas jusqu’au soir.
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Image 1 – Contrairement aux rorquals les cachalots sortent leur caudale lorsqu’ils sondent et c’est un des critères utilisés pour leur identification. © F. Bassemayousse.
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Image 2 – Biopsie par Emilie avec le souffle caractéristique du cachalot incliné vers l’avant. © F. Bassemayousse.
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Sons : clics de cachalot, tics et sifflements de dauphins bleus et blancs. Sophie LARAN.
Denis à bord de WWF columbus
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