Publié par WWF, Publié dans Carnet de bord, Missions Cap Cétacés
Cette semaine nous avons à bord Sébastien PERSONIC, jeune enseignant-chercheur à l’Université de Toulon de son état, qui travaille sur les virus du milieu marin. Sébastien est toujours partant pour nous faire partager ses connaissances et nos quarts d’observation sont ainsi l’occasion de découvrir ce monde des virus sur lequel on commence à peine à lever le voile.
Saviez-vous que dans une cuillère à café d’eau de mer on trouve en moyenne de 10 à 100 millions de virus, et de 1 à 10 millions de bactéries ? Ces virus sont presque exclusivement des virus visant ces bactéries ou certains organismes unicellulaires. Ils exercent une sorte de contrôle sur ces populations d’unicellulaires et peuvent bloquer leur prolifération ou parfois au contraire permettre qu’elles se développent. Cette capacité de contrôle leur fait jouer un rôle dans les grands équilibres du milieu marin qui apparaît de plus en plus important. Par exemple, les bactéries sont très impliquées dans le piégeage du carbone dans l’océan : elles sont les intermédiaires qui permettent que la gaz carbonique se l’atmosphère se retrouve sous des formes stables, bloqué dans les mers de notre planète. Ce carbone “piégé” est sorti des grands équilibres atmosphériques et ne contribue plus au réchauffement du climat. Autant de gagné !
Mais si ce sont les bactéries les ouvrières de ce processus et que ce sont les virus qui les contrôlent, alors on peut dire que ces virus contrôlent aussi, en partie, le réchauffement climatique. Bon ! Ce que je vous livre là, ce sont les prémisses de travaux de recherche qui nécessitent encore d’être sérieusement approfondis. Inutile de s’exiter comme on a pu le faire, à rebours, sur les pets de vache “cause majeure” du réchauffement. Les virus ne nous sauveront pas demain, ils n’éviteront pas à nos sociétés d’entreprendre les changements radicaux que nécessitent les enjeux du réchauffement ! Mais il est toujours passionnant d’entrebailler une porte sur un champ de connaissance presque vierge et riche de pleins de questions auxquelles se confronter.
Au fil du quart, nos pensées s’égarent un peu, nous remarquons que la différence n’est pas grande entre un gène et un virus : et si ce que nous appelons “nos gènes” n’étaient que des virus évolués qui avaient eu l’astuce de s’entourer d’une sorte de fruit - nous ! - pour assurer leur reproduction ? Brrr, ça fait froid dans le dos ! On pense avoir son libre arbitre et puis nous voilà réduit à la condition d’avatars au service de super-virus !
Mais je vous rassure sur deux points :
1 - Rien de scientifique là dedans, juste des pensées égarées par l’effet hypnotique de l’horizon marin !
2 - Nous n’avons pas fait que délirer sur les virus aujourd’hui : 3 nouvelles biopsies au compteur ! Un groupe complet de trois baleines qui se déplacent ensemble : la génétique nous apprendra peut-être les liens qui les unissent, s’il y en a.
Denis à bord de WWF columbus
