Le premier jour de la première mission de juin est toujours un moment particulier ou nous retrouvons un territoire un peu oublié au cours de l’hiver. Mais je remarque que les années se succédant, le WWF columbus nous devenant plus familier et l’expérience s’accumulant, la transition est de plus en plus rapide. Cette année nous battons un record. L’équipage a embarqué dimanche soir, la livraison de l’affrètement a été ponctuelle, 6h30 tapante, et nous bouclons la mise en place à vive allure. Huit heure a à peine sonné que nous quittons le port de Hyeres, cap au 150.
Pourquoi 150 vous demandez vous peut-être ?
Pendant longtemps nous nous sommes basés sur la distribution des baleines les années précédentes pour définir nos routes de prospection. Un calcul simple, fondé sur les statistiques : plus il y a eu d’observations sur une zone, plus il y a de chances de retrouver les animaux au même endroit. Calcul à la fois juste et faux. Juste parce que comme les coins à champignons il y a indéniablement des zones plus favorables pour chaque espèce de cétacés. Et faux parce que les conditions changent d’une année sur l’autre et que cela influence la production de nourriture et la présence des animaux. Depuis deux ans nous bénéficions d’un apport technologique fort utile : un modèle qui prévoit les « habitats favorables » pour les rorquals communs. L’approche est un peu plus subtile que le modèle « coin à champignon ». L’idée et d’identifier non pas les zones favorables, mais les raisons pour lesquelles elles le sont. En confrontant un grand nombre d’observations avec des paramètres du milieu mesurés par les satellites au moment de l’observation et au cours des semaines précédentes, ont en déduit un « modèle ». Dès lors il suffit de faire mouliner par le modèle les paramètres fournit quotidiennement par les satellites - température, chlorophylle, salinité, etc. - pour en déduire des « habitats favorables » où la probabilité de rencontre avec les animaux est plus forte. C’est ce que fait l’ordinateur de Jean-Noel DRUON, du laboratoire du Centre de recherche marine de la Commission Européenne à ISPRA en Italie. La procédure est entièrement automatique, les données satellitaires sont reçues en fin d’après midi, le modèle produit les cartes dans la foulée et les envoie aux équipes travaillant sur les cétacés du sanctuaire Pelagos. Merci à Jean-Noël pour le coup de main !
C’est donc vers une de ces zones que nous mettons le cap. Et le modèle à l’air de fonctionner puisque nous touchons notre première baleine en bordure de zone et en début d’après midi. La première biopsie est vite dans le congélateur, Fred, notre photographe tireur d’élite n’a pas perdu la main.
Deux autres baleines nous occuperont jusqu’au soir, la seconde, plutôt capricieuse ou maligne, selon le point de vue duquel on se place, résistera jusqu’au bout en s’alliant avec la nuit. Le pneumatique retourne à bord à 21h40. Juste le temps d’un dîner où nous pouvons comparer nos belles couleurs avivées par ce premier soleil, et il est largement temps de rejoindre nos couchettes. La journée commence à 5h45 demain matin, c’est tout le charme des missions de juin et leurs jours interminables …
A demain.

Tous à vos postes d’observation !
Denis à bord de WWF columbus
Approche pour une biopsie vue du WWF columbus