Décidément, cette année la météo ne nous aura pas fait de faveurs. Nous avons passé ces quatre dernières semaines à zigzaguer entre les coups de vents à l’est et à l’ouest. Cette semaine, c’est le pompon : gros coup de vent tout le week-end partout qui s’est poursuivi jusqu’à lundi soir. Du coup, au lieu de reprendre dimanche, nous repoussons le départ à lundi soir pour naviguer de nuit et essayer de commencer à travailler mardi matin. Et quand je dis essayer c’est bien ce que nous avons fait mais nous avons rapidement arrêté car la météo est vraiment mauvaise.
Nous surveillons heure après heure le plan d’eau en espèrant une accalmie qui finalement ne viendra pas.
Au final, deux journées en mer à essayer de trouver une fenêtre météo acceptable que nous n’avons jamais trouvé.
C’est du coup l’occasion de laisser « la plume » à Denis :
Les OFI, Objets Flottants Indésirables
Vous avez sûrement déjà vu, au moins une fois, dans la réalité ou dans un film - surtout les américains, il y en a souvent un sur fond de gratte-ciels dans les films américains - un lâcher de ballons. C’est gai, joyeux, c’est censé être un signe d’espoir. Tous les enfants veulent un de ces ballons qui flottent dans l’air comme par magie, gonflés à l’hélium, et qui figurent quelque héros de dessin animé.
Et bien ces ballons sont des plaies car bon nombre d’entres eux échouent en mer, échappés des mains des enfants ou même de celles des vendeurs, par grappe entière. Nous en croisons souvent de ces ballons épaves, qui finissent délavés par la mer, déchets parmi les déchets, ou pire dans l’estomac d’une tortue ou d’un cétacé pas assez regardant. Alors s’il vous plait, tenez bien vos ballons surtout quand le mistral souffle !
Une autre catégorie de déchets que nous rencontrons fréquemment en mer est celle des jeux de plages : matelas gonflables, bouées de toutes formes et de toutes tailles, bateaux pneumatiques, etc.. La plupart du temps nous faisons un détour de notre route pour les récupérer et certains sont en très bon état. La fille de Fredéric Bassemayousse notre photographe en a ainsi une collection très complète incluant une magnifique imitation de jet-ski !
Puisque nous en sommes aux déchets et à la fin de notre campagne de juillet-août, voici un premier bilan pour les 7 semaines de mission depuis juin. Nous avons parcouru 1600 milles en observation et compté près d’un millier de déchets (978). Le palmarès est le suivant : grand vainqueur avec un score de 470 le morceau de plastique d’une taille inférieure à celle de la main (la catégorie « petit ») qui représente près de la moitié des observations, viennent ensuite mais loin derrière les plastiques dont la taille est supérieure à la main mais inférieure au bras (les « moyens ») avec 149 occurrences, qui coiffent sur le poteau les polystyrènes qui occupent la dernière marche du podium avec 145 (une bonne partie de ces polystyrènes sont issus de la dégradation des caisses de la même matière jetées par dessus le bord des bateaux de pêche). Viennent ensuite les bouteilles, surtout en plastique, rarement en verre avec 80.
Remarquons cette année la présence d’une sous-catégorie originale : la bouteille avec message ! Signe des temps, elle n’est plus en verre close à la cire mais en plastique avec bouchon, le message n’est plus calligraphié sur une feuille soigneusement roulée mais griffonné au bic sur un post-it et le contenu n’est ni un poème, ni un appel au secours, ni un message d’amour ou alors le modèle brut de chez brut : un prénom et un numéro de téléphone en trois exemplaires (dans l’hypothèse j’imagine ou une bande de copines récupèrerait le message…). Sache Maurizio si tu consultes ce blog, que Fabienne et Véronique ont bien récupéré tes coordonnées. En revanche, je ne suis pas sûr qu’elles t’appelleront…. Ah les filles, il faut toujours les séduire avec des phrases, c’est des efforts tout ça, phhhuuu…
Mais revenons à notre palmarès, après les bouteilles viennent les plastiques dont la taille dépasse celle du bras (les « grands ») : 73. Enfin se suivent les indéterminés (18), les ballons (12), les engins de pêche abandonnés (9), les pare battages (9, nous en avons également une belle collection à bord), les baudruches (6), les canettes (4), les engins de plage (2, en sachant que cette catégorie n’ayant été crée que récemment face à l’affluence, la plupart d’entre eux sont répertoriés dans la catégorie « indéterminés ») et un bidon.
Ce bilan est globalement sous-estimé dans la mesure où nous arrêtons de compter les déchets dès lors que nous suivons un animal, et que les conditions d’observation ne sont pas toujours favorables pour détecter des objets juste sous la surface.
Ca vous paraît si difficile que ça à vous de ne pas balancer vos cochonneries à la flotte ? Et quand je dis « à la flotte » je pourrais ajouter « par la fenêtre de la voiture » (spéciale dédicace pour les Bouches-du-Rhône), « sur la plage », « au bord de la rivière », parce que vent et pluie aidant, bon nombre finiront à la mer !


Denis à bord du WWF-columbus