10  juin
10 juin 2011 – Record de banette

Publié par WWF, Publié dans Carnet de bord

Cette journée commence par un record de banette. N’y voyez pas une opération marketing d’une célèbre marque minotière, pas plus qu’un concours au petit déjeuner à base de tartines géantes. Non, la banette en termes marins, c’est la couchette que le matelot harassé par son dur labeur rejoint à la fin de son quart pour un sommeil sans rêve et de courte durée.

A bord de WWF columbus, quand le mauvais temps sévi, que la mer joue les montagnes russes et que le vent nous prive de l’horizontalité, la banette est à peu près le seul endroit où l’on peut se caler avec un peu de confort. Nous avons quitté l’abri de Porto Pollo hier vers 16h et atteint le sud de Nice vers 9h ce matin. C’est le temps que j’ai passé à lire et à dormir, en attendant que ça passe, dans mon petit espace privatif et personnel. Record battu.

Nous avons failli nous abriter à la côte, déçus par une zone qui devait être calme mais qui ne l’est pas vraiment. Et puis sur la route, le vent est un peu tombé, la mer s’est aplatie, nous avons repris nos quarts d’observation. Nous avons fait un bord entre les isobathes (l’équivalent des courbes de niveau sur les cartes terrestres) 2000 et 2500, vers un secteur où celui des 2000 mètres fait une pointe en forme de bottine vers le large, baptisé « le jardin des baleines » (spéciale dédicace pour Sophie qui nous a longtemps accompagné dans ces missions). Le jardin a tenu ses promesses puisque nous y croisons deux, puis trois, puis 5 baleines, qui seront toutes biopsiées. Le premier groupe pourrait être un jeune accompagné de sa mère, flanqués d’un troisième : mâle en quête ? Autre femelle ? Il sera intéressant de voir ce que nous raconte la génétique et l’analyse des hormones à ce sujet.

Les résultats de l’an dernier ont confirmé une tendance que nous avions mise en évidence depuis que nous avons accès au sexe des animaux biopsiés via la génétique (2006) : il y a plus de mâles que de femelles en juin, c’est équilibré en juillet et août, et il y a plus de femelles à la fin de saison. Finalement sur l’ensemble de la saison le sexe-ratio est équilibré. Nous savons aussi que juin est la saison des sauts pour les rorquals et de fortes interactions, ce qui s’est confirmé hier à deux reprises (loin des objectifs malheureusement). Tout cela suggère que le sanctuaire Pelagos n’est pas seulement une zone d’alimentation, mais aussi un lieu privilégié pour la reproduction des rorquals au début de l’été.

Mais le plus exceptionnel de cette journée, ce qui la rend unique et inoubliable, c’est cette rencontre avec trois grandes raies mobula qui paressent en surface. La mobula est une parente de la raie manta tropicale avec laquelle elle a en commun une taille respectable et l’élégance de la nage. Ce n’est pas la première fois que nous en croisons au cours de nos missions car elles partagent l’habitat pélagique des baleines, mais trois ensembles, de plus de deux mètres d’envergure, qui, curieuses, se rapprochent du pneumatique et des plongeurs au point de presque les toucher, c’est vraiment exceptionnel ! Un souvenir supplémentaire pour étoffer la collection déjà très riche de notre catalogue Cap cétacés.

Escadrille de raies mobula en formation serrée.

Denis à bord de WWF columbus

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